Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (4)

Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (4)

Message par Francis » 06 Novembre 2012, 19:05

Bonjour à tous,

Je commence ici une série de traduction d'articles de Robert Brockway parus sur Cracked.com au sujet des stag magazines, car je trouve le sujet très approprié au forum. Que les puristes en anglais me pardonnent de n'avoir pas toujours respecté à la lettre les expressions employées, car traduire l'humour est avant tout une affaire d'adaptation. Bonne lecture !


1 - Les couvertures de magazines les plus incroyablement viriles

Les « stag magazines » sont un genre très particulier de magazines masculins, publiés à partir des années 1930 et jusque dans les années 70. Ils servaient d'exutoire aux hommes qui revenaient de la guerre, et dont la virilité conquérante ne trouvait plus comme défis à relever que des portes qui grincent et des mauvaises herbes dans le jardin. Des hommes en manque d'action au point de se contenter d'un ersatz de celle-ci par procuration, à travers les récits complètement fous publiés dans ces revues, les « stags ». Le procédé employé pour chaque numéro était bien rodé : d'abord, passer commande d'une illustration de couverture racoleuse, puis demander à un pisse-copie de créer une « histoire vraie » correspondant au fantasme mis en scène dans l'image. Nonobstant la véracité de tels récits, une chose était indéniable : la frontière entre « virilité surpuissante » et « homosexualité tourmentée » ayant toujours été mince, les couvertures des « stags » avaient décidé d'éparpiller cette frontière façon puzzle.

Déchiqueté par des fouines

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Devant une telle illustration, le spectateur est censé se dire : « Bon sang, quel calvaire subit ce pauvre type ! Je me demande s'il va s'en tirer ? »
C'est du moins l'intention. Mais regardez bien l'image : ce que le personnage central nous montre en premier lieu, ce n'est pas la peur. Ni l'angoisse, l'inquiétude, ni le simple désir de survivre. Non, ce qu'il nous montre en premier lieu, avec force et détermination, c'est un gourdin constitué du même animal que ceux qui sont en train de l'attaquer. La rage du berserker le domine à un point tel qu'il applique la tactique de combat ultime : en prendre un pour tuer tous les autres.

A présent, considérez la direction du courant – ici, dans le coin inférieur droit.

Image

Vous voyez ? Cette eau tombe visiblement en cascade au-dessus de quelque chose. Comme le devine toute personne sensée, il s'agit là d'une chute d'eau, dont le départ se situe juste à l'extérieur du cadre, ce qui rajoute une tension supplémentaire à cette scène déjà ô combien dramatique.

Mais cette œuvre ne s'adresse pas aux personnes sensées.

C'est une œuvre à l'intention des fous et des damnés, et seul un esprit retors est en mesure de la comprendre. Aussi, permettez-moi de vous livrer l'explication : cet homme n'est pas la victime d'une attaque surprise. Cet homme, de toute sa vie, n'a jamais été victime de quoi que ce soit. En vérité, ce héros a bâti dans la rivière un système de drain, destiné à acheminer cette meute de fouines enragées vers leur destination finale : à savoir le rempart de furie dévastatrice qu'il forme de son corps musclé et torse nu.

Pourquoi, me direz-vous ?

La curiosité, sans doute. Il y a des hommes qui grimpent les plus hautes montagnes « parce qu'elles sont là ». D'autres combattent un torrent de fouines meurtrières au milieu d'un barrage de fortune « parce que je suis carrément sûr que je peux leur foutre la pâtée, tiens. »

Rends-moi mon bras

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Tout est dans le titre de l'histoire :

« GIVE ME BACK MY ARM » : RENDS-MOI MON BRAS

Tout en majuscule, pas de ponctuation. Cette phrase n'exprime pas un cri de peur, ni une exclamation de surprise ni même une plainte. Non, c'est un ordre posé, ferme, énoncé d'une voix calme ; comme on commanderait à un chien d'arrêter de quémander à table. Cet homme ordonne au terrifiant reptile de lâcher son bras à l'instant, sans quoi il devra en subir les conséquences.

Et la pauvre bête a déjà l'air de souffrir.

Mais ne vous apitoyez pas trop, car comme dit le proverbe, tuer ou être tué, telle est la dure loi de la jungle, ce genre de choses... ça et « défoncer d'un uppercut de l'avant-bras la gueule grande ouverte de l'ennemi »...

(Au sujet du titre « Sex storms » : je n'ai aucune idée de ce qu'est une « tempête de sexe », ni quelle curieuse perversion météorologique cette expression recouvre, mais sachez que j'ai d'ores et déjà dépensé ma paie du mois en parapluies et en préservatifs, et que je qualifierais d' « encourageantes » les prévisions pour les prochains jours.)

Déchiqueté par des vampires

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Question : Quelle heure est-il ?

Réponse : C'est l'heure d'en prendre un pour tuer tous les autres.

Et Dieu sait que cet homme est bâti pour commettre le massacre d'animaux le plus atroce qui soit. Regardez sa position : tandis que d'un terrible crochet du gauche il pulvérise une chauve-souris en plein vol, de la main droite il s'empare d'une autre, s'apprêtant à l'utiliser comme un fléau pour balayer ses malheureuses congénères d'un revers dévastateur. Voyez ce gros plan :

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Cette chauve-souris est folle de trouille. Elle ne vole plus vers notre héros, elle fuit de toute la force de ses ailes. Et pourquoi ? Parce qu'elle redoute de se faire gifler de plein fouet par le corps aux os rompus d'une de ses propres cousines.

Il faut se rappeler que la méthode de création de ces articles consistait à créer l'illustration d'abord, et l'histoire ensuite. A un moment donné, une réunion de rédaction s'est tenue devant un éditeur exhibant cette même image, et on peut supposer que le dialogue suivant s'est tenu :

Editeur : Ok les enfant, qui a une idée de titre pour mettre en valeur ce foutu salopard, là ?

Rédacteur 1 : La vache, qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Rédacteur 2 : Là franchement, je suis pas inspiré. C'est complètement idiot. Personne ne va croire qu'un truc pareil est vraiment arrivé.

Editeur : 50 dollars de prime à qui me sort la meilleure idée.

Rédacteur 1 : L'attaque des chauve-souris enragées !

Rédacteur 2 : Les chauves-souris enragées attaquent !

Rédacteur 1 : Espèce de... bon, que diriez-vous de « La vengeance du roi des ninjas contre les chauves-souris » ?

Rédacteur 2 : « Les chauves-souris m'ont volé mon t-shirt ! »

Rédacteur 1 : « JE – HAIS – LES – CHAUVE-SOURIS. »

Rédacteur 2 : « DÉCHIQUETÉ PAR DES VAMPIRES ! »

Rédacteur 1 : Je... merde, c'est bon ça, en fait. Alors là, je dis « monsieur ».  Tu m'as vaincu. Je suis déshonoré et je vivrai désormais dans un panier sous l'escalier, en me nourrissant des miettes de sandwiches qui tomberont de la salle de pause.

L'art, les enfants. L'art !

Coxswain Hardy et ses 20 geishas en détresse

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L'élément le plus étonnant dans cette peinture, ce n'est pas fait le fait que la chemise de la femme en rouge soit sèche (rââanh, comment c'est trop dur de dessiner les vêtements mouillés), ni l'île en arrière-plan bombardée par des chasseurs alors qu'elle est visiblement déserte - ce qui implique qu'ils ciblent, en réalité, ces clones de femmes asiatiques à poil. Non, l'élément le plus étonnant est le fait qu'aucune – je dis bien aucune – de ces jeunes femmes n'amène un bras à la surface pour nager. Ce qui signifie qu'elles font toutes la nage du petit chien, parce que c'est comme ça qu'on nage quand on est une bonne grosse chienne, pas vrai les gonzesses ?

Je me demande à quel genre de contexte on a affaire ici. S'agit-il d'une opération de bombardement de nudistes dans les années 40 ? ou bien je me fourvoie complètement et nous sommes en présence d'un commando de salopes explosives, sur le point de torpiller l'esquif de notre pauvre héros.

Cela dit, je pars du principe que les rédacteurs ont, à tout le moins, essayé de raconter une histoire vaguement crédible à partir de cette couverture. Alors qu'en fait, malheureusement, ces magazines hors du temps furent les précurseurs des « forums de Penthouse », où aujourd'hui des hommes très seuls se vantent de conquêtes sexuelles imaginaires, dans l'espoir de faire fantasmer d'autres hommes tout aussi seuls. Là encore, tout est dans le titre :

« Coxswain Hardy et ses 20 geishas en détresse. »

Franchement, je n'ai pas vu un titre aussi porno depuis Magnus Biroute, duc de Braquemart, défonce les îles Sainte-Chagatte (avec son chibre). 

Aventure parmi les tribus d'indigènes nus

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Editeur : Bon, Jimmy, c'est à ton tour de dessiner la couverture. Je crois que Kevin et Morris ont fait une overdose, avec toute cette testostérone chinoise que j'ai mise dans leurs cafés. En arrivant ce matin, je leur ai demandé les résultats du match d'hier soir et ils ont fini par s'étrangler l'un l'autre dans le bureau. A présent mon p'tit, pour ne rien te cacher, j'ai passé une nuit blanche à boire du gin coupé à l'huile de moteur. Je suis presque sûr que je vais bientôt caner, et je suis carrément sûr d'être saoul comme une barrique polonaise au moment où je te parle. Alors je vais juste te balancer des mots au hasard, ce qui me passe par le tête, et tu vas les noter et en faire les thèmes de ton illustration, tu comprends ? C'est parti : Nibards à l'air. Indigènes. Mâchoires carrées. Jungle. Amérique. Chaise à porteurs. Duel au revolver. Amputation du pied droit. Tu les a tous notés ? Super. Maintenant, vu que je suis bon chef, et dans un souci de cohérence, je t'autorise à en virer un seul. Lequel tu choisis ?

Jimmy : Je passe.

Editeur : Jimmy, je n'ai jamais dit à ma femme que je l'aimais. Je ne l'ai jamais dit non plus à mon fils, ni même à mon propre père. Mais je... je voulais juste te dire ça, Jimmy.

Douce nuit de noces sanglantes

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On ne peut même pas parler de bagarre : c'est juste ce qui tenait lieu de poignée de main chez nos arrières-grands-pères dans les années 30. En tout cas, si c'est une bagarre, il ne peut y avoir de vrai perdant, sauf à considérer que l'humanité en général est perdante. Celle-ci ne pourrait se remettre de la perte d'un de ces deux hommes.

Le titre de cette image semble être Gentle Slaughter of the Virgin Bride ce qu'on peut traduire par « Douce nuit de noces sanglantes ».

Du moins, c'est ce qu'on peut supposer étant donné que les seules autres possibilités sont Why Rocky Marciano Didn't Really Retire (« Pourquoi Rocky Marciano n'a pas vraiment pris sa retraite ») et The Red Plan to Conquer America (« Le plan des communistes pour conquérir l'Amérique »). Alors a priori, à moins que la seule raison pour laquelle Rocky Marciano n'a pas pris sa retraite, c'est qu'il s'est reconverti secrètement dans le lancer de piques sur rondins, ou que le plan de conquête des communistes consiste à défier les américains dans un concours de bûcherons, force est de conclure que « Douce nuit de noces sanglantes » est le titre le plus probable pour cette illustration.

Et à bien y réfléchir, ce n'est pas complètement absurde : après avoir turbiné neuf heures d'affilée à l'usine de harpons à rondins, on peut raisonnablement qualifier de « doux et sanglant » ce qu'un homme s'apprête à faire à sa jeune épouse au cours de sa nuit de noces.

La horde grouillante des crabes cannibales

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Toutes sortes de raisons, aussi excellentes qu'excitantes, peuvent pousser un homme à combattre des crabes avec un morceau de bois mort. Peut-être qu'il bronzait tranquillement sur la plage, et que les flagrances puissamment viriles de sa sudation ont poussé Mère Nature à contre-attaquer. Ou bien il s'ennuyait, il disposait d'un bâton et il y avait la queue au terrain de volley. Ou alors il y a eu des petits soucis aux cuisines de «  La marée, produits frais de la pêche ».

Pas de quoi rire. C'est le genre de choses qui arrivent :

Jim : Merci de m'avoir proposé de sortir dîner, Don. Dommage que ta femme n'aie pas pu venir.

Don : Ah ! Le jour où on autorisera les gonzesses dans un resto de fruits de mer, ce sera le jour où je jetterai les gonzesses hors de ces mêmes restos, ça je te le dis ! Tu sais bien qu'elles sont trop sensiblardes pour supporter la bouffe encore vivante. Elles essaieraient sûrement d'habiller le homard avec une petite robe, ou un truc du genre.

Jim : C'est rudement vrai. Le jour où elles comprendront que le plaisir de tuer, ça augmente le plaisir de manger...

Don : Ouais, je le dis tout le temps à Donna : « Laisse tomber la mayonnaise et laisse-moi d'abord me battre à mort avec le poulet, le goût du sang est la meilleure des épices. »

Jim : Dis-donc Don, tu sais l'heure qu'il est ?

Don : Eh ouais Jim, c'est l'heure d'en prendre un pour tuer tous les autres !

Jim : Quoi ? Non, je veux dire, j'ai rendez-vous chez le toubib et... oh, d'accord, tu as déjà commencé. Bon, ok. Laisse-moi juste le temps de sortir mon gourdin à crabes...
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par naamhellsroth » 06 Novembre 2012, 19:28

:ador: :ador: :ador: :ador: :ador: :ador: :ador: :ador: :ador: :ador: :ador:


de la puissance masculine pur, meme MANOWAR n'aurait pas pu le faire
naamhellsroth
 
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par Yoda-Ben² » 06 Novembre 2012, 19:31

C'est tellement viril qu'à la seule lecture de cet article, trente centimètres de barbe viennent de recouvrir instantanément le bas de mon visage.
"- Vous parlez tout seul ?
- Oui, c'est le seul moyen d'avoir une conversation intelligente."
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par Invité » 06 Novembre 2012, 19:47

--- Super article ! Bravo et merci !
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par ant28 » 06 Novembre 2012, 22:31

Grand merci pour cet article :cheers:

Juste un truc ; c'est bien "stag magazine", hein (stag signifie cerf, mais aussi homme célibataire ; stash signifie planque, par exemple pour le porno).

Je crois que pour le reste, ça doit être bon.

J'aime bien aussi les sous-titres en haut à droite : pas du tout macho :lol: :lol:
ant28
 
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par Yoda-Ben² » 06 Novembre 2012, 23:11

J'aime bien aussi les sous-titres en haut à droite : pas du tout macho :lol: :lol:
Surtout celui avec le croco, qui sent bon la chaude et virile camaraderie dans l'ambiance obscure et moite des douches collectives et du savon qui tombe.
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par Francis » 06 Novembre 2012, 23:21

Juste un truc ; c'est bien "stag magazine", hein (stag signifie cerf, mais aussi homme célibataire ; stash signifie planque, par exemple pour le porno).
Tu as raison Ant, c'est corrigé.

Merci pour votre appréciation de ce travail de traduction. Je continue à traduire le reste.
Francis
 
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Re: Stag magazines : des couv' qui ont le BDtrash spirit ! (

Message par Yoda-Ben² » 06 Novembre 2012, 23:44

Comme le dirait l'ami Ryback :

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